Aussi définitif que le claquement du marteau du juge qui tranche, notre propre jugement fige l’autre et nous emmène souvent dans des impasses.
Dans un métier de responsable plus particulièrement, nous sommes appelés à préserver le mystère de l’être, le mystère de chaque personne.
Admettre que l’autre est fondamentalement inexplicable, c’est refuser de l’annexer, comme un objet, pour nous, c’est refuser de le réduire à son histoire, à ses paroles, à ses actes : « il n’y a pas plus dangereux que d’entendre dire : je te connais comme si je t’avais fait. Cette posture de toute puissance décrète que l’autre est incapable d’étonner, de surprendre, de se révéler différent du schéma dans lequel il a été enfermé »(*).
Si notre métier de responsable évalue une prestation, une production, une attitude, il y a une différence entre l’évaluation et le jugement.
L’évaluation permet la progression, le jugement fige la personne. C’est la même différence qu’il y a entre une « injonction qui met en dépendance et un appel qui fait grandir »(*).
Méfions-nous de nos certitudes, même dans nos encouragements : quand nous disons à un enfant, à un adolescent, à un adulte, « je sais que tu peux », nous nous donnons un savoir et un pouvoir qui peuvent l’enfermer, comme si nous connaissions l’avenir ! Si je dis : « je crois en toi », « je crois que tu peux », « j’invite à une réalisation dont l’autre reste maître et libre (*).
Osons dire : « je crois en toi », plutôt que « je sais que tu vas y arriver ».
Sur nos lieux de travail, osons être généreux, osons nous déplacer dans la relation avec les autres, osons surprendre. Dans les conflits, osons risquer le pardon, non pas comme une idée fumeuse mais comme une expérience dont nous ne connaissons pas l’issue.
Notre projet professionnel nous façonne et nous le façonnons. N’oublions pas ces postures fécondes d’un responsable : la générosité, le déplacement et la surprise.
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(*) Daniel MARGUERAT et Marie BALMARY, « Nous irons tous au paradis », 2016